Flavescence dorée : quand la biodiversité aide à lutter contre le vecteur

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Flavescence dorée : miser sur les prédateurs naturels pour réguler sa cicadelle vectrice

La flavescence dorée (FD) est l’une des maladies de la vigne les plus redoutées en France. Causée par un phytoplasme, elle est incurable, provoque le jaunissement ou le rougissement des feuilles, le dessèchement des grappes et, à terme, la mort du cep. Sa propagation dépend d’un seul insecte, Scaphoideus titanus, une petite cicadelle qui est l’unique vecteur connu. Elle acquiert le phytoplasme en se nourrissant d’une plante porteuse de la maladie et pourra, à l’issue d’une période d’incubation d’environ un mois, le transmettre aux ceps sains sur lesquels elle s’alimentera par la suite. Présente dans la plupart des grands vignobles français, la FD est une maladie de quarantaine, classée danger sanitaire de première catégorie. Sa lutte est réglementée et obligatoire dans les zones contaminées, sous peine de sanctions.

S. titanus, cicadelle vectrice (INRAE Ephytia)
Symptômes de flavescence dorée sur vigne (INRAE Ephytia)

Des solutions actuelles contraignantes

Face à cette menace, la réglementation impose une double stratégie. Sur la vigne, il s’agit de repérer et d’arracher les ceps malades et d’éliminer les vignes abandonnées qui constituent des réservoirs infectieux pour les parcelles voisines. Concernant le vecteur, un à trois traitements insecticides sont obligatoires chaque année dans les zones infectées, à des dates fixées par les services régionaux de la protection des végétaux.
Ces traitements permettent aujourd’hui de réduire les populations de cicadelles, mais leur utilisation représente un coût pour les exploitations et peut également affecter les organismes auxiliaires présents dans les parcelles. De plus, le nombre de substances actives homologuées pour ce traitement diminue sans réelles solutions alternatives, tandis que la maladie continue de progresser.
Dans ce contexte, identifier et comprendre le rôle des prédateurs naturels de S. titanus pourrait ouvrir la voie à d’autres stratégies de régulation. C’est tout l’enjeu de l’essai pilote conduit par l’IFV dans le cadre du projet SUDOE POLITA.

Mieux connaître les auxiliaires pour renforcer la lutte

Les vignobles hébergent une diversité d’arthropodes tels que les araignées, les punaises, les syrphes, les coléoptères et d’autres organismes pouvant participer à la régulation naturelle des ravageurs.
Pour S. titanus, des prédateurs naturels ont déjà été identifiés, mais leur rôle dans les conditions réelles du vignoble reste encore insuffisamment caractérisé. Dans des parcelles du vignoble gaillacois, l’IFV recherche les arthropodes prédateurs susceptibles de s’attaquer à S. titanus.
Des travaux préliminaires menés en laboratoire ont déjà montré qu’en conditions de non-choix, certaines araignées et punaises observées sur vigne prédatent la cicadelle. Reste désormais à démontrer que cette prédation a également lieu directement au champ, en conditions naturelles. C’est l’objectif de l’essai engagé depuis 2025.

Capture à l’aide d’un filet à balayage et d’un aspirateur sur plusieurs parcelles de vignoble :

CAPTURER Capture au filet fauchoir, agitation de la végétation au-dessus d’un parapluie japonais ou aspiration mécanique avec un aspirateur à insectes.
IDENTIFIER Les individus sont triés et identifiés en laboratoire à l’aide de clés de détermination. Chaque spécimen reçoit un identifiant associé à ses informations de prélèvement.
ANALISER Les arthropodes sont conditionnés individuellement puis envoyés au laboratoire pour confirmation de l’identification et analyse génétique (qPCR) du contenu de leur abdomen afin de rechercher l’ADN de la cicadelle vectrice.

Le projet POLITA permet également de mettre à l’épreuve ce protocole d’analyse qui, s’il donne des résultats satisfaisants, pourrait aider à développer de nouvelles méthodes de caractérisation des relations trophiques en conditions naturelles.
La campagne 2025 a permis de valider le concept : après prédation en conditions de non-choix, l’ADN de S. titanus a bien été retrouvé lors de l’analyse des prédateurs. Les piégeages ont donc été multipliés en 2026 afin de commencer à caractériser les populations d’auxiliaires sur les parcelles prospectées.
La vitesse de dégradation de l’ADN de la proie dans le système digestif du prédateur est également à l’étude afin d’apporter des éléments d’interprétation supplémentaires aux résultats de l’essai.

Perspectives

Si une activité de prédation est confirmée au champ, ces résultats permettraient d’identifier une piste intéressante de régulation naturelle du vecteur de la flavescence dorée, complémentaire aux méthodes actuelles.
Cependant, identifier des prédateurs potentiels n’est qu’une première étape. Il faudra encore déterminer s’ils peuvent réellement contribuer à limiter les populations de S. titanus et, surtout, s’il est possible de favoriser durablement leur présence et leur activité dans les parcelles.
L’objectif n’est donc pas de remplacer les méthodes actuelles, mais d’explorer comment les équilibres écologiques déjà présents dans les parcelles pourraient contribuer à une protection du vignoble plus diversifiée.