Dans le rétroviseur

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La hausse de la précarité alimentaire, l’inflation des produits de première nécessité et la crise du monde agricole placent l’alimentation au cœur des préoccupations des politiques publiques, mais aussi des citoyen·nes. Les tiers-lieux, depuis plusieurs années, se sont appropriés les enjeux agricoles et alimentaires. Ces réflexions sont partagées par de nombreuses structures, observées, analysées, visibilisées et soutenues entre autres par FAB’LIM et la Coopérative Tiers-Lieux.

FAB’LIM, en partenariat avec l’INRAE, la Coopérative Tiers-Lieux, la DRAAF Occitanie et la Chaire AgroSYS Institut Agro, ont réalisé en 2020 un premier travail de recensement des tiers-lieux nourriciers en France. 125 lieux, dits dans un premier temps « tiers-lieux agroécologiques et alimentaires », puis « tiers-lieux nourriciers », ont été identifiés dans toute la France. Parmi eux, une quinzaine ont fait l’objet d’entretiens pour fournir une première typologie de ce qu’est un tiers-lieu nourricier et amorcer une réflexion sur l’apport des tiers-lieux aux enjeux alimentaires et agroécologiques de leur territoire.

En 2022, la Coopérative Tiers-Lieux publie son premier panorama des tiers-lieux nourriciers. Ce focus s’inscrit dans une réflexion amorcée dès 2019, visant à inventorier et documenter l’essor de tiers-lieux investissant les champs agricole et alimentaire, des initiatives encore peu visibles. Ce travail met en lumière 42 tiers-lieux se reconnaissant comme nourriciers, ayant en commun la volonté d’œuvrer pour une justice alimentaire et d’encourager l’autonomie alimentaire des territoires.
Un second panorama, en 2024, a permis d’affiner la vision de ce que sont les tiers-lieux nourriciers. Dans les récits et présentations, le premier point mis en avant est la diversité des activités : production agricole, cuisines partagées, cantines solidaires, jardins partagés, épiceries solidaires, marchés ou encore des espaces de travail et d’animation qui ont pour but de sensibiliser les citoyen.es à une alimentation durable. Cette diversité des activités est un atout des tiers-lieux nourriciers démontrant leur capacité à s’adapter aux besoins locaux. Ainsi, trouver une définition commune est difficile, ce qui soulève de nombreuses questions sur ce qu’est un tiers-lieu nourricier.

Un tiers-lieu peut-il se revendiquer « nourricier » s’il n’a pas de production alimentaire ? Peut-on considérer un tiers-lieu en milieu urbain comme nourricier ?

C’est dans la continuité de ces travaux que s’inscrit le projet ATLAS, dont l’un des objectifs est de caractériser ce qu’est un tiers-lieu nourricier avec nos voisins européens d’Espagne et du Portugal. Il s’agit de construire une démarche collective de compréhension, à partir des pratiques et des réalités de terrain. C’est en allant à la rencontre des tiers-lieux qui se définissent comme nourriciers, que pourront émerger des principes, des logiques et des dynamiques communes. Le but est d’ouvrir la réflexion et de proposer un cadre de lecture partagé. Dans cette perspective, il ne s’agit pas d’exclure des lieux qui ne répondent pas à tel critère ou ne seraient pas situés dans tel type de territoire, mais d’avoir une meilleure compréhension de la démarche nourricière au sein des tiers-lieux.

Cette démarche s’inscrit dans une logique distincte de celle d’un label, à l’image des Projets Alimentaires de Territoire (PAT), souvent fondé sur des critères formalisés et des modèles préétablis. Les membres d’ATLAS revendiquent la reconnaissance d’une démarche, attentive à la diversité des situations, plutôt que du respect d’un cahier des charges. En ce sens, les tiers-lieux nourriciers apparaissent moins comme un modèle standardisé que comme un champ d’expérimentation, permettant d’explorer les manières dont les tiers-lieux peuvent construire des réponses au système alimentaire et participer à la revitalisation de territoires engagés dans une réflexion sur les pratiques et les modèles alimentaires.